GENERALITES
Le processus de propagation le plus simple ne fait intervenir que des phénomènes
de croissance (bouturage).
Les
champignons se propagent d'une façon plus efficace quand il y a différenciation
d'organes. Les champignons peuvent alors se multiplier selon un mode
asexué ou un mode sexué (selon
les espèces, les champignons possèdent ces deux modes de reproduction, ou le
premier seulement). Dans le premier type de multiplication (mode
anamorphe, ou forme “imparfaite”), des processus de différenciation
aboutissent, sans phénomène méiotique, à la formation de spores asexuées
(multiplication végétative). Dans le second type de multiplication (mode
téléomorphe, ou forme “forme parfaire”) interviennent la conjugaison
de thalles différents, la conjugaison des noyaux, une réduction chromatique,
pour conduire à la formation de spores sexuées (zygospores, ascospores ou
basidiospores). L’existence des deux modes de reproduction, qui peuvent être
présents simultanément ou séparément, réalise l’holomorphe.
Lorsque seuls des phénomènes de croissance sont observés, on parle de mycéliums
stériles (mycelia sterila ) qui
sont généralement non identifiables.
Il
existe fondamentalement deux modes de formation des spores asexuées : i) le
mode endogène, où les spores (endospores)
sont formées et contenues à l’intérieur d’une enveloppe portée par un
filament mycélien (Zygomycètes : Mucorales, Entomophthorales), ii) le
mode exogène, où les spores (spores externes ou conidies)
sont formées et émises successivement à l’extérieur du mycélium qui leur
a donné naissance (Ascomycètes et Basidiomycètes).
Les levures sont un cas particulier de forme fongique unicellulaire possédant
un seul noyau par cellule, existant dans de nombreux groupes de champignons. Les
levures se distinguent en premier lieu par leur mode de division cellulaire : le
bourgeonnement ou, beaucoup plus
rarement, la fission. Dans le premier cas, la cellule mère produit un bourgeon
(blastoconidie), qui va se séparer
après formation d’une cloison (septum) et donner naissance à une cellule
fille. Dans le deuxième cas, la cellule ne bourgeonne pas mais s’allonge, et
sa division par le milieu après formation d’un septum donnera naissance à
deux cellules filles. Certaines levures possèdent une capsule polysaccharidique
(Cryptococcus ).
Certaines
levures peuvent présenter une étape filamenteuse au cours de leur cycle de
multiplication ou selon leur condition de vie (Candida
albicans ).
1.4.2 Champignons filamenteux (hyphomycètes)
La
multiplication asexuée des Oomycètes se réalise le plus souvent par
l’intermédiaire de zoospores
biflagellées, l’un des flagelles étant antérieur et l’autre postérieur.
En réalité, la distinction entre zoospores mobiles et spores immobiles reste
imprécise, car il n’est pas rare que les zoospores s’enkystent, c’est-à-dire
se transforment en spores. Chez certaines espèces (Saprolégniales), il peut y
avoir deux stades flagellés (des zoospores de première génération atypiques,
deux flagelles apicaux identiques, s’enkystent puis libèrent des zoospores
typiques de deuxième génération , dont la germination produit un mycélium.
Il existe des espèces aériennes dont les sporocyste produisent des spores qui,
soit donnent naissance à des zoospores lorsqu’elles se trouvent en contact
avec l’eau (rosée, goutte d’eau) présente sur la plante hôte, soit émettent
directement un mycélium.
Les
Chytridiomycètes possèdent des spores mobiles uniflagellées.
Les
Zygomycètes sont des champignons inférieurs au thalle non cloisonné, mais qui
ne possèdent jamais de zoospores mobiles. Les spores endogènes (ou endospores)
caractérisent les Zygomycètes. Lors de la sporogénèse, un filament mycélien
(sporocystosphore) se dresse à
partir du mycélium végétatif et son extrémité se renfle pour former le sporocyste
(ou sporange). Une spore unique (Entomophthorales) ou un grand nombre de spores
(Mucorales) sont produites au sein du sporocyste après division de son
cytoplasme et est/sont libérée(s) après rupture de la paroi du sporocyste.
Ces endospores germent en donnant directement naissance à un mycélium.
La
reproduction asexuée des Ascomycètes et les Basidiomycètes s’effectue par
l’intermédiaire de spores exogènes (ou conidies). Toutefois, elle joue un rôle
bien plus secondaire chez les seconds que chez les premiers, en raison du
perfectionnement des organes de la reprodution sexuée (basides). La grande
diversité des mécanismes de production des conidies a été utilisée à des
fins de taxonomie des champignons. Les critères de classification reposent
essentiellement sur le mode de fonctionnement des cellules conidiogènes.
Celles-ci sont portées par le conidiophore,
qui, dans sa forme la plus simple, se confond avec la cellule conidiogène, et peut aussi être de structure plus complexe
(ramifié, verticillé, pigmenté, etc.) et différencié par rapport au mycélium
d’origine.
Deux modes de conidiogénèse sont reconnus, dont l’observation est à la base de l'identification usuelle des champignons : le mode blastique, dans lequel la conidie prend naissance (bourgeonnement) à partir d’une cellule conidiogène et s’en individualise (blastoconidie) par formation d’une cloison ; le mode thallique, dans lequel un filament, qui cesse de s’accroître, se cloisonne de façon répétée pour individualiser les conidies (thalloconidie).
Chez les champignons filamenteux, la conidiogénèse blastique se réalise
à partir d'une cellule plus ou moins différenciée, la cellule conidiogène,
et peut prendre différentes formes :
-
blastique
solitaire, où une seule spore est produite isolément par la cellule
conidiogène (Humicola ),
-
blastique
acropète, où chaque conidie bourgeonne à son tour, conduisant à la formation
de chaînes de conidies (la plus âgée étant à la base de la chaîne) (Cladosporium
) (blastospores),
-
blastique
synchrone, où les conidies sont formées simultanément à partir de la cellule
conidiogène (Botrytis ),
-
blastique
sympodiale, où la cellule conidiogène reprend sa croissance latéralement
après
formation de chaque conidie (Ceratocystis)
(sympodulospores),
-
blastique régressive,
où les conidies se forment successivement à partir de l'extrémité
de la cellule conidiogène (Trichothecium
),
-
blastique
annelidique, où la cellule conidiogène poursuit sa croissance en formant
un
anneau après la formation de chaque conidie, la plus jeune repoussant la plus
ancienne (Scopulariopsis )
(annelospores),
-
blastique
phialidique, où la cellule conidiogène se différencie en phialide à l'extrémité
d'un stipe, produisant successivement un grand nombre de conidies
(phialospores). Ces dernières restent agglomérées en amas ou bouquet (Acremonium ), ou sont produites en chaîne (Penicillium, Aspergillus
).
Dans
la conidiogenèse thallique, la diversité est beaucoup moins grande. On
distingue les types :
-
thallique
arthrique avec fragmentation progressive du filament en conidies alignées
(Geotrichum ) (arthrospores),
-
thallique
solitaire où la partie terminale du filament se cloisonne et devient conidie (Microsporum
) (aleuriospores).
Certains
champignons présentent simultanément plusieurs types de reproduction asexuée
(polymorphisme). Certaines espèces produisent des conidies de différentes
tailles : micro- et macroconidies (Fusarium,
Dermatophytes) ; d’autres présentent simultanément plusieurs types de
conidiogénèse (types blastique phialidique, polyblastique et blastique acropète
de Fonsecaea pedrosoi).
Il existe chez tous les champignons, des spores de résistance appelées chlamydospores,
formées de façon terminale ou intercalaire, isolées ou en chaînes. Elles
caractérisent par leur abondance certains Fusarium,
Mucor racemosus et l'espèce Candida
albicans lorsque celle-ci est
cultivée sur un milieu sans glucose.
Alors que les noyaux de spores asexuées se forment par simple mitose,
les noyaux des spores sexuées se forment après des processus plus complexes.
La première étape est la plasmogamie
qui réunit dans un même thalle deux noyaux compatibles (à noter que deux
thalles fusionnent, non pas parce qu’ils sont de sexe différent, mais parce
qu’ils sont dotés d’une compatibilité
génétique : on désigne les thalles complémentaires par + et - ou A et a)
; avant de fusionner, les noyaux vont cohabiter durant une phase (dicaryophase)
plus ou moins longue (le couple de noyaux compatibles prend le nom de dicaryon)
; la deuxième étape, appelée caryogamie,
correspond à la conjugaison de noyaux haploïdes pour donner un noyau diploïde
; la troisième étape est une division réductrice ou méïose, qui conduit à
des noyaux à nouveau haploïdes.
Chez de nombreuses espèces, la reproduction sexuée implique des organes
de fécondation morphologiquement similaires (isogamie)
auxquels il n’est pas possible d’attribuer un sexe. Chez d’autres, la
fusion cellulaire à lieu entre cellules différenciées (anisogamie).
A noter que, dans ce dernier cas, les champignons sont hermaphrodites, c’est-à-dire que chaque thalle produit des
organes mâles et femelles. Les
organes qui donnent naissance aux spores
sexuées (méïospores) sont
appelés gamétocystes, et prennent
le nom d’anthéridie (organe mâle)
et d’oogone (organe femelle ; appelé
ascogone chez les Ascomycètes) lorsqu’ils sont différenciés.
Chez les Chytridiomycètes, qui sont les champignons les plus
“primitifs”, la fécondation se fait par des gamètes libres et mobiles.
Chez tous les autres champignons, les gamétocystes ne produisent plus de
gamètes, mais fusionnent directement (plasmogamie).
Chez les Zygomycètes, les gamétocystes correspondent à de simples
parties terminales d’hyphes, dont les fonctions sont identiques (on ne leur
attribue donc pas de sexe). Après contact (sous l’influence de phéromones,
comme l’acide trisporique qui joue un rôle dans la différenciation des gamétocystes
et leur attraction), la plasmogamie a lieu après lyse des parois mitoyennes,
avant la caryogamie et la méïose. Selon les espèces, la caryogamie et la méïose
n’occupent pas la même position dans le cycle de développement. De plus, les
Zygomycètes peuvent être soit homothalliques
(lorsque les fructifications sexuées se forment à partir d’un thalle issu
d’une spore), soit hétérothalliques
(lorsqu’il est nécessaire de confronter deux thalles issus de spores différentes).
Une spore sexuée (zygote ou zygospore)
unique, à paroi épaisse (elle constitue une forme de résistance), brune et
souvent ornementée, est alors produite par simple transformation des gamétocystes
initiaux. Puis, lorsque les conditions sont favorables, la zygospore produit un
sporocyste de germination dont le cytoplasme se divise en particules nuclées
qui vont devenir des endospores. A maturité, la paroi du sporocyste (péridium)
se rompt et les endospores ainsi libérées vont pouvoir produire le nouveau mycélium
végétatif.
Chez les Ascomycètes, la fécondation de l’oogone (qui prend le nom
d’ascogone) par l’anthéridie
donne naissance à des filaments ascogènes
qui vont porter des asques (équivalent
au sporocyste), sortes de poches à paroi mince à l’intérieur desquelles se
forment les méïospores (ascospores).
Selon les genres, les asques restent dispersées ou sont regroupées au sein de structures (ascocarpes) de complexité variable. On distingue ainsi : i) le gymnothèce,
dont la paroi est composée d’hyphes entrelacées et qui ne possède pas
d’ouverture, ii) le cléistothèce,
également sans ouverture, dont la paroi est plus structurée donnant l’aspect
d’un faux tissu, et au sein duquel les asques sont disposées sans ordre, iii)
le périthèce, dont la paroi est également composée d’un faux
tissu et présente le plus souvent une ouverture (ostiole), iv) l’apothécie, se présentant sous la forme d’une coupe largement
ouverte (Peziza )
Chez les Basidiomycètes, la différentiation sexuelle des gamétocystes
est réduite puisque puisque la conjugaison a lieu entre cellules de deux
articles banals. La formation des spores sexuées intervenant tardivement, il
existe, chez ces espèces, un stade
dicaryotique prolongé qui se manifeste par l’existence de crochets
(ou anse) de conjugaison. Le sporocyste prend le nom de baside,
les méïospores de basidiospores.
Dans les cas les plus simples, les basides se forment directement sur le mycélium
(Filobasidiella neoformans ), alors
que dans d’autres cas, les basides sont portées par une structure complexe
souvent de grande taille, le basidiocarpe
ou carpophore (Agaricus bisporus, Coprinus
comatus, etc.). Celui se différencie en un pied (stipe) et un chapeau
(pileus) qui porte l’hyménium, constitué en particulier des basides qui
portent les basidiospores.