GENERALITES
I
- Généralités et systématique
: Structure, reproduction
Les Champignons, encore appelés "Fungi" (contraction du latin
"funus", funéraille, et d'"ago", produire) ou mycètes (du
grec mukês, champignon), sont aujourd'hui érigés en règne autonome, au même
titre que les Procaryotes (Archéobactéries, Bactéries, Cyanobactéries), les
Protistes, les Végétaux et les Animaux. En effet, les comparaisons des séquences
génétiques des différentes espèces du monde vivant ont permis d’établir
un arbre phylogénétique dans lequel les champignons prennent une place bien
individualisée. Ils sont nettement séparés des divers groupes de plantes
auxquels on les avait autrefois rattaché (particulièrement en raison de leur
paroi polyosidique). Ils sont aussi éloignés des Oomycètes ou
champignons-algues (les Oomycètes
sont des organismes à l’appareil végétatif peu développé, essentiellement
aquatiques, parasites des végétaux (mildious, rouilles blanches, etc.) ou des
animaux (poissons, nématodes, etc.). Par contre, les Chytridiomycètes sont
considérés comme des champignons sur la base d’homologies de séquences
Les champignons, qui forment le phylum des Eumycota, sont des organismes eucaryotes, c’est-à-dire possédant des noyaux individualisés pourvus d’une membrane nucléaire, de chromosomes et d’un nucléole, et un appareil mitochondrial. L’existence simultanée d’une paroi cellulaire périphérique et de vacuoles turgescentes dans le cytoplasme, les rapproche aussi des végétaux. Ils possèdent une paroi peptidopolyosidique épaisse, de composition variable selon les groupes : mannanes, glucanes, chitine, chitosane, protéines, phospholipides, et une membrane riche en stérols (ergostérol). L’intermédiaire de la lysine est l’acide diaminoapidique, alors qu’il s’agit généralement de l’acide diaminopimélique chez les bactéries. L’absence de chloroplastes (et donc de chlorophille) en fait, comme les animaux, des organismes hétérotrophes dont la nutrition carbonée est dépendante de la présence de matières organiques préformées, ce qui conditionne, suivant les circonstances, leur vie saprophytique, parasitaire ou symbiotiques. Un quatrième groupe, les champignons opportunistes, contient des espèces généralement saprophytes, mais qui deviennent pathogènes à la faveur de circonstances favorisantes.
Leur nombre est évalué à ce jour à environ 60.000 espèces, mais il est probablement plus élévé. La quasi totalité des champignons vivent en saprophytes dans le sol, sur des plantes mortes ou vivantes, mais uniquement à leur surface et sans leur causer de lésions. Beaucoup d’espèces sont des parasites de plantes, ce qui constitue un problème économique. Un nombre plus restreint, quelques centaines, sont opportunistes et peuvent devenir pathogènes pour l’homme et les animaux. Enfin, diverses espèces sont symbiotiques, soit associées à des algues (dans les lichens), soit associées à des racines (constituant les mycorhizes)
L’organisation cellulaire de base des champignons est le thalle
qui constitue l’appareil végétatif (généralement en phase haploïde).
Celui-ci se caractérise par une grande variété de structures, qui vont d’une forme unicellulaire (levure) à, le plus souvent, une forme
filamenteuse, pouvant présenter un degré considérable de différentiation.
L’ensemble des filaments (ou hyphes)
est appelé mycélium. Il n’existe jamais de véritables tissus comme chez les
plantes supérieures ou chez les animaux. Ils se reproduisent par des spores,
selon un mode asexué et/ou sexué.
1.1.
Les principales classes de champignon
Ces champignons, souvent unicellulaires, sont probablement proches des
algues. Sans pathogénicité pour l’homme, ils peuvent être responsables de
zoonoses chez les amphibiens.
Les
Zygomycètes, qui comprennent environ
200 espèces, rassemblent des champignons saprophytes, ainsi que des champignons
parasites d’insectes (Entomophthorales), de Nématodes et d’Amibes
(Zoopagales), et de plantes. Les Mucorales comprennent un grand nombre de
moisissures saprophytes, mais aussi quelques espèces parasites des champignons,
des animaux et des hommes (mucormycoses).
Les
Ascomycètes comprennent environ
15.000 espèces, auxquelles il faut ajouter un nombre à peu près équivalent
d’espèces lichénisantes. De nombreuses espèces sont utilisées pour la
fabrication d’antibiotiques, de médicaments, pour des fermentations.
Certaines sont très recherchées pour leur valeur gastronomique (Morilles,
Truffes). Quelques unes sont de redoutables parasites des végétaux, des
animaux et des hommes.
Les
Basidiomycètes, dont il existe
environ 20.000 espèces, sont les champignons que l’on peut considérer comme
les plus perfectionnés. Ils comprennent de nombreuses espèces à
fructification développées ou carpophores (Cèpes, Amanites, etc.).
Encore
appelés Adélomycètes, Fungi imperfecti
(Champignons imparfaits), les Deutéromycètes
ne constituent pas un groupe naturel, mais d’un ensemble artificiel
regroupant environ 15.000 espèces (plus du quart des champignons actuellement
connus) ne présentant jamais, ou très exceptionnellement, de forme de
reproduction sexuée. La plupart présentent, néanmoins, des affinités
d’Ascomycètes. Ils se reproduisent uniquement par voie végétative au moyen
de spores asexuées ou par simple fragmentation du mycélium. Ils sont
responsables d’un grand nombre de maladies des végétaux et humaines.
La
grande majorité des champignons se présentent sous une forme filamenteuse,
caractérisée par une structure tubulaire, ramifiée, et plurinuclée. Le diamètre
des hyphes varie considérablement en fonction des conditions de
l’environnement, de leur position dans la colonie, et surtout d’une espèce
à l’autre, de 3-4 mm
à plus de 10 mm.
Le
plus souvent, les hyphes sont cloisonnées par des cloisons qui divisent le filament en segments (articles) similaires à des cellules (Eumycètes supérieurs),
d’une longueur d’environ 50 mm
(Neurospora crassa) ou beaucoup plus
pour le segment apical. La présence de pores traversant ces cloisons, de
structure plus ou moins complexe selon les groupes fongiques, permet le passage
intercellulaire du cytoplasme et d’organites subcellulaires, et même de
noyaux qui peuvent ainsi migrer au sein du mycélium sur des distances
relativement importantes. Ces pores peuvent être obturés par des structures
sphéroïdes, les corps de Woronin, qui isolent ainsi un article en cas de lésion,
par exemple.
Selon
les groupes de champignons (et plus précisément, selon le degré de
synchronisme entre les mitoses et la formation des cloisons), le nombre de
noyaux par segments varie de un à plus d’une centaine, et est généralement
plus élevé dans les segments apicaux où le champignon est en phase de
croissance active. Ainsi, les Basidiomycètes possèdent typiquement un mycélium
dicaryotique, avec deux noyaux par segments. Les levures possèdent un noyau par
cellule.
Chez
les Zygomycètes (Eumycètes inférieurs), les hyphes ne sont généralement pas
cloisonnées (mycélium siphoné ou
coenocytique) et les noyaux cohabitent dans le cytoplasme commun.
La
croissance des filaments permet la dissémination du champignon et sa pénétration
dans les substrats. Une spore déposée sur un milieu de culture solide (gélosé)
produit, après quelques heures, une (ou plusieurs) hyphe(s) qui s’allonge
d’abord de manière exponentielle, puis de façon linéaire
lorsqu’une vitesse maximum de croissance, qui varie selon les espèces
de 20 à 100 mm
min-1, est atteinte.
La
croissance des hyphes nécessite la biosynthèse de composants pariétaux, dont
le mieux étudié est la chitine. Le
précurseur de la chitine, l’uridine diphosphate N-acétylglucosamine, est transformé en chitine sous l’action de
chitine-synthase. Celle-ci est présente, sous forme de zymogène anactif, dans
des chitosomes, qui fusionnent avec la membrane plasmatique tandis qu’une
enzyme protéolytique catalyse la formation de la chitine-synthase active.
Le
maintien d’une croissance optimale nécessite la conservation d’une polarité
de croissance à l’extrémité de l’hyphe, résultant du transport polarisé
des vésicules vers l’apex. Le mécanisme, probablement électrique, à
l’origine de ce mouvement n’est pas élucidé.
Lorsque la quantité de matériaux nécessaires à la croissance devient
trop importante à l’apex, des ramifications latérales peuvent apparaître,
puis des nouvelles ramifications sur celles-ci, chacune s’éloignant de
l’autre pour exploiter plus efficacement les éléments nutritifs
(autotropisme négatif), conduisant à la formation d’une colonie
approximativement circulaire de mycélium indifférencié.
Plus
ou moins loin en arrière, les filaments peuvent présenter des sites
d’allongements latéraux avec la mise en place d’un nouveau système apical
d’extension. Ce mécanisme est à l’origine des ramifications
du thalle, conduisant à l’édification d’un mycélium à front de
croissance circulaire, caractéristique d’une colonie fongique.
Les
colonies fongiques comprennent quatre zones concentriques. Dans la zone
d’extension de la colonie, la plus périphérique, les ramifications peuvent
être monopodiales, sympodiales ou dichotomiques. Plus à l’intérieur se
situent la zone de production, où a lieu l’essentiel de l’augmentation de
la biomasse, puis la zone de fructification, où l’augmentation de la biomasse
a cessée et où les spores sont formées. Enfin, au centre se situe la zone âgée,
correspondant à la phase de déclin de croissance.
La
croissance fongique ne se déroule pas seulement en surface du milieu de
culture, mais également en profondeur et en hauteur. La pénétration des
hyphes dans le substrat facilite l’accès aux éléments nutritifs, tandis que
la production de filaments aériens permet l’accès à de nouveaux substrats
non immédiatement en contact avec le milieu de culture déjà colonisé
(stolons des Rhizopus et Absidia).
La
fusion des hyphes est commune chez les champignons, aussi bien lors du processus
de reproduction sexuée qu’au cours de la croissance végétative. Dans ce
deuxième cas, elle correspond au phénomène d’anastomose
des hyphes, répandu essentiellement chez les champignons supérieurs et
quelques Zygomycètes, où les hyphes, plutôt que de s’éloigner les unes des
autres, se rapprochent selon un mode d’autotropisme positif. L’anastomose
permet un transport rapide de protoplasme et de substances nutritives à
n’importe quel point de la colonie, facilitant ainsi la fructification, et le
mélange d’individus différents (mais génétiquement identiques) pour éviter
la compétition entre génotypes identiques. Les champignons peuvent ainsi réaliser
une recombinaison asexuée (parasexualité) du matériel génétique,
contribuant à maintenir une variabilité génétique élevée au sein d’un même
mycélium. Si les conditions le permettent, la croissance de certains
champignons semble pouvoir se maintenir indéfiniment. Des cultures de
Basidiomycètes peuvent se poursuivre durant des siècles dans la nature, et un
clone d’Armillaria bulbosa se développant dans une forêt canadienne a été
estimé âgé de 1.500 ans. Au laboratoire, il est possible de maintenir indéfiniment
des cultures par subculture régulière dans un milieu neuf. Toutefois,
certaines espèces font l’objet du phénomène de sénéscence (Neurospora
crassa, Aspergillus amstelodami, Podospora
anserina).
Au
cours de la phase végétative, les hyphes restent généralement indifférenciées
et inorganisées. Seuls quelques groupes fongiques sont capables de produire
certaines structures différenciées de leurs filaments végétatifs. Des
modifications morphologiques plus ou moins importantes des filaments et des
parois peuvent survenir, conduisant à la formation de vésicules (généralement
des formes de dégénérescence) ; d'épaississements terminaux (organes pectinés)
ou d'un article (cellules en noisettes) ; de chlamydospores (formes de résistance); de boucles (système de
capture de nématodes). Les filaments peuvent également s'agglomérer et former
des structures variables, telles que des mèches (ou cordons, simple agglomération
de filaments parallèles) ; des corémies (ou synémas ou graphiums, mèches se
terminant par un bouquet de spores) ; des sclérotes (enchevêtrement sphérique
de filaments, entourés de filaments plus épais et mélanisés jouant un rôle
de conservation).
Un certain nombre de champignons présentent un thalle unicellulaire
(comme chez les levures). Quelquefois, le thalle est fait de pseudofilaments,
formé de levures très allongées qui restent attachées les unes aux autres (Candida
).